Korat
มวยโคราช
La force. Frappe ample lancée de tout le corps, transmise autour d'un axe vertical plutôt que par la rotation du buste. Bras tendus, poings verticaux : on tient l'autre au bout des bras.
Feuillet ๒
มวยไทยโบราณ
La boxe thaïe ancienne : neuf armes, un répertoire martial riche et ordonné, des saisies, des projections, des luxations et des styles variés.
Boran โบราณ signifie « Antique ». Le terme couvre l'ensemble des manières de boxer qui précèdent le ring moderne : un fonds technique plus large que celui du sport, transmis par des lignées, et remis en travail depuis une quarantaine d'années.
Le muay de ring est « l'art des huit membres ». Le muay boran en compte neuf — นวอาวุธ, nawa awut : aux deux poings, deux coudes, deux genoux et deux tibias s'ajoute la tête, arme de contact rapproché que le règlement sportif a écartée.
Le muay boran est la boxe telle qu'elle se pratiquait avant que le règlement ne la borne : sans catégorie de poids, sans arbitre pour séparer, sans gants. On y cherche à terminer, pas à marquer. De cette seule contrainte découle un répertoire plus large, des projections de type judo, des clés et luxations, un travail au sol sommaire.
La stratégie dite : toum tap tchap hak ทุ่ม ทับ จับ หัก — projeter, écraser, saisir, briser. Elle vient en aval d'une autre séquence, celle de l'entrée en saisie : kot rat fat wiang กอด รัด ฟัด เหวี่ยง — enlacer, serrer, secouer, projeter, où fat désigne exactement la secousse par laquelle un animal malmène sa proie.
La tradition ordonne ses techniques en familles : les mae mai แม่ไม้, littéralement « techniques mères », que l'on traduit le plus souvent par techniques fondamentales ; et les look mai ลูกไม้, leurs « enfants », c'est-à-dire les compléments, les variantes et les applications. Les manuels modernes en fixent quinze de chaque. La nomenclature n'a pas toujours été celle-là : le manuel scolaire de 1923 (แบบเรียนมวยไทย) classait déjà les techniques, mais sous d'autres entrées. La liste des quinze relève d'une mise en ordre récente d'un savoir plus ancien.
Chaque technique porte un nom imagé emprunté au Ramakien, au bestiaire ou aux gestes du quotidien : le géant qui arrache l'arbre, l'ermite qui pêche, le cerf qui retourne dans sa grotte. Ces noms sont un procédé de mémoire et de visualisation. Chacun condense une situation, une trajectoire et une intention dans une image que le corps retient mieux qu'une description — et l'apprentissage moteur montre qu'une consigne imagée produit souvent un geste plus juste.
La finesse du muay boran tient moins au nombre de coups qu'au nombre de manières de les porter. Les listes thaïes des cheung muay เชิงมวย détaillent, arme par arme, les usages possibles : une quinzaine de cheung mad pour le poing, plus d'une vingtaine de cheung sok pour le coude, une dizaine de cheung khao pour le genou, une quinzaine de cheung thao pour la jambe et le pied. Les décomptes varient d'une lignée à l'autre.
À cela s'ajoutent les kon muay กลมวย, les techniques spéciales : des procédés composés, montés sur deux ou trois temps, qui font autre chose que frapper — appâter, détourner, contraindre l'autre à ouvrir. On les traduit volontiers par « ruses », ce qui n'en retient qu'un aspect. Les kon muay kae sont les techniques spéciales de remède : chacune répond à une situation nommée, à une attaque précise, à un kon adverse — on les apprend toujours contre quelque chose.
หมัดหนักโคราช · ฉลาดลพบุรี · ท่าดีไชยา · ไวกว่าท่าเสา
« Le poing lourd de Korat, l'intelligence de Lopburi, la belle posture de Chaiya, plus rapide encore que Thasao. »
Formule mnémonique sur les quatre styles
Cette formule est le support mémoriel le plus répandu du muay ancien, une formule qui résume des réputations régionales, reprise par les lignées qui s'en réclament aujourd'hui.
La documentation antérieure au XXe siècle reste mince, les quatre styles tels qu'on les enseigne relèvent pour une bonne part d'un travail moderne de reconstitution — travail sérieux, mené par des maîtres.
มวยโคราช
La force. Frappe ample lancée de tout le corps, transmise autour d'un axe vertical plutôt que par la rotation du buste. Bras tendus, poings verticaux : on tient l'autre au bout des bras.
มวยลพบุรี
L'intelligence. Le direct précis, jailli de l'épaule, qui vise le menton ou l'arête du nez. Assise large et déplacement vif, feintes et changements de ligne et de rythmes: on y gagne par la lecture.
มวยไชยา
La défense. Une garde qui couvre le centre, les deux côtés, le haut et le bas rien qu'en se tenant debout ; le corps présenté en angle, arête du tibia offerte, une défense impénétrable qui blesse l'adversaire.
มวยท่าเสา
La vitesse. Buste souple qui se dérobe de gauche à droite, huit directions aux pieds et quatre aux mains : les frappes arrivent de partout et repartent avant qu'on les situe.
Ce qui distingue le plus sûrement le muay boran ne se trouve pas dans le catalogue des prises : c'est la transmission d'un patrimoine culturel. Le muay boran arrive avec sa langue, ses images et ses textes. Ses techniques portent des noms qui renvoient au Ramakien — Rāma bande son arc, Hanuman offre l'anneau, le nāga plonge au monde souterrain — et ces noms ne sont pas des étiquettes : ils sont l'instruction elle-même, et ils supposent qu'on connaisse l'épopée dont ils viennent. Apprendre le geste, c'est entrer dans le récit.
C'est aussi une éthique propre, transmise avec la technique et non à côté d'elle : ce que l'on doit à son maître et à sa lignée, ce que l'on doit à son partenaire, la mesure dans le contact, le refus d'employer contre quelqu'un ce qui a été confié. Un élève de muay boran reçoit une conduite, un état d'esprit.
Le travail part des postures et du déplacement, avant les coups : sans appuis justes, le répertoire ancien ne tient pas. Vient ensuite la matière — armes courtes, saisies, déséquilibres, réponses aux attaques types — puis les formes codifiées, apprises d'abord dans une exécution stricte, comme on apprend un kata, avant d'en explorer les variantes. C'est la logique même de l'enseignement thaï : la forme mère, puis ses branches.
Tout se pratique lentement au départ, à intensité maîtrisée, avec un partenaire. La boxe ancienne est un art de contact ; elle ne s'apprend pas seul devant un miroir. Ce contact prend la forme du len cheung, l'assaut léger, où l'on joue le placement et le timing sans chercher l'impact ; le travail dur vient plus tard, et seulement pour les pratiquants confirmés.
Le vocabulaire thaï est donné avec les gestes, et le cadre d'usage avec la technique : le salut, la manière de recevoir une correction et de la rendre, les règles de sécurité entre partenaires. C'est ce qui distingue une transmission d'une simple succession de cours.
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Le même fonds technique, réglé sur la défense personnelle et les métiers de la sûreté.