Muay Thaï Boran
Les quatre styles
หมัดหนักโคราช · ฉลาดลพบุรี · ท่าดีไชยา · ไวกว่าท่าเสา
Korat, Lopburi, Chaiya, Thasao. Quatre régions, quatre manières de border les poings, quatre façons de résoudre le même problème.
« Le poing lourd de Korat, l'intelligence de Lopburi, la belle posture de Chaiya, plus rapide encore que Thasao. » Quatre membres, quatre qualités dominantes : la formule est le meilleur point d'entrée dans le muay ancien, et le plus mauvais résumé qu'on puisse en faire. Chaque style est un système complet, et aucun ne tient dans son épithète.
Une remarque avant les portraits. La répartition en quatre voies est une mise en ordre du XXe siècle, et ce qui s'enseigne aujourd'hui sous chacun de ces noms doit beaucoup au travail de quelques maîtres identifiés. Ce sont des écoles vivantes, adossées à des lignées réelles, plutôt que des transmissions ininterrompues depuis Ayutthaya.
Un fil court à travers les quatre, et il est matériel : la corde, kad chuek คาดเชือก. Selon qu'on borde le poing jusqu'au coude, à mi-bras ou au poignet seulement, on n'obtient pas la même boxe. Une corde longue fait de l'avant-bras une arme et une armure : on frappe ample, on encaisse en couvrant. Une corde courte laisse les doigts libres : on saisit, on crochète, on projette. Avant d'être des doctrines, ces styles sont des réponses à une question d'équipement.
Korat — la puissance
มวยโคราช · Nakhon Ratchasima, Nord-Est
Korat boxe long. La corde monte du poing jusqu'au coude — vingt à vingt-cinq mètres de fil de coton écru, enroulé en volutes puis humidifié juste avant le combat. L'avant-bras devient une arme autant qu'un bouclier, et toute la boxe s'organise autour de ce fait.
De là vient la garde du style, dite « en forme de ก » : les deux bras tendus vers l'avant, main avant à hauteur du nez, main arrière au menton, crête des poings verticale, poids porté sur le pied avant à plat, jambe presque tendue. On tient l'adversaire au bout des bras et l'on pare de l'avant-bras — non du coude levé, qui n'aurait pas de raison d'être sous une corde aussi longue. Les mains montent quand on se rapproche, descendent au long pour tenir l'axe médian.
Le poing circulaire ample, le mat wiang หมัดเหวี่ยง, a fait la réputation du style. Il en est le contre plutôt que l'ouverture, et il n'en est qu'une pièce. Ce qui fait vraiment Korat est une manière de transmettre la force : rotation autour d'un axe vertical, extension et rétraction compactes, plutôt que grands déplacements latéraux du buste — une mécanique pensée pour un corps en équipement, qui ne peut ni s'incliner profondément ni s'écarter beaucoup.
Le répertoire suit. Le poing debout, direct et montant, crête verticale. Le coude à arc court, où l'avant-bras reste devant le visage pendant que la pointe frappe court et pénétrant, souvent doublé du genou. Des genoux droits poussés dans le même axe vertical. Et des coups de pied qui ne sont ni tout à fait frontaux ni tout à fait obliques : portés court, à hauteur d'épaule, le buste se pliant légèrement, le coude du même côté agissant de concert avec la jambe, volontiers aux côtes basses en action descendante — et alternant gauche et droite avec une facilité qui est la marque de l'école.
La progression est claire : cinq postures sur place, cinq en déplacement, onze contres, puis cinq mae mai et une vingtaine de look mai. Un détail dit le tempérament du style : quatre des cinq mae mai sont des formules tactiques — « en entrant, frapper à l'extérieur ; en sortant, frapper à l'intérieur » — là où les autres écoles nomment leurs figures d'images empruntées aux épopées.
- Épithèteหมัดหนัก — le poing lourd
- CordeDu poing jusqu'au coude : la plus longue des quatre
- GardeBras tendus, poings verticaux, poids sur le pied avant
- ForceAxe vertical, extension compacte, sans grande rotation du buste
- DéfenseParade d'avant-bras, secousse du genou, onze postures de contre
- TerrainLe sable
- FigureMuen Cha-ngat Choeng Chok, anobli devant Rama V en 1910
Chaiya — la boxe du durian
มวยไชยา · Surat Thani, Sud
Le surnom dit l'essentiel : se rendre assez piquant pour que l'adversaire se blesse en frappant. La corde s'arrête au poignet, la plus courte des quatre. Les doigts restent libres, donc la main saisit ; le coude reste libre, donc il bloque. Chaiya est le style où l'on lutte.
Sa garde s'appelle tha khru ท่าครู, la posture du maître : elle couvre le centre, les deux côtés, le haut et le bas rien qu'en se tenant debout, et l'école en fait une règle — quoi que l'on fasse, on ne la quitte pas. Elle obéit à un principe de quatre mots, pit on, poet khom ปิดอ่อน เปิดคม : fermer le tendre, exposer le tranchant. Il en existe une version haute, une moyenne et une basse, et le répertoire va jusqu'à des manières de combattre debout, en marchant, assis et couché.
Le corps se présente à quarante-cinq degrés, pied oblique, genou fléchi en angle aigu, arête du tibia offerte à la place de la face molle. C'est le liam muay เหลี่ยมมวย, l'angle — et c'est de là que vient le durian : l'os pointu de l'avant-bras et la crête du tibia forment ensemble une surface d'épines. La même structure défend et attaque du même geste.
La défense tient en quatre verbes, pong, pat, pit, poet, qu'un maître de la lignée dit capables de protéger « du gros orteil jusqu'aux cheveux ». Le corps à corps en tient deux séquences : kot rat fat wiang pour entrer et déséquilibrer, toum tap tchap hak pour finir. Et le wai khru du style est fixé : prosternation aux cinq points, vérification du souffle, marche des trois appuis, puis le tigre qui traîne la queue — posture basse qui est autant une figure rituelle qu'une technique de combat.
C'est la lignée la mieux organisée des quatre : une fondation, un curriculum écrit, et une chaîne de maîtres nommables depuis le gouverneur de Chaiya mort en 1914 jusqu'à l'école d'aujourd'hui.
- Épithèteท่าดี — la belle posture
- CordeAu poignet seulement : les doigts restent libres
- Gardeท่าครู — englobante, en trois hauteurs
- Angleเหลี่ยมมวย — quarante-cinq degrés, arête du tibia présentée
- Défenseป้อง ปัด ปิด เปิด — les quatre po
- Corps à corpsกอด รัด ฟัด เหวี่ยง, puis ทุ่ม ทับ จับ หัก
- DistanceCourte — คลุกวงใน, le cercle intérieur
Thasao — la vitesse
มวยท่าเสา · Uttaradit, Nord
Thasao boxe vite et se dérobe. Le buste est souple, ondoyant, esquivant de gauche à droite ; les frappes arrivent de partout et repartent avant qu'on les ait situées.
Sa signature tient dans un couplage. Les pieds se déplacent selon le yang paet thit ย่างแปดทิศ, la marche aux huit directions ; les mains travaillent selon le tha mue si thit ท่ามือสี่ทิศ, les mains aux quatre directions. Le haut et le bas du corps ont chacun leur rose des vents, et c'est leur combinaison qui produit cette impression de fluidité — « gracieux, mais chargé de violence », dit une notice thaïe.
La corde est bordée à mi-bras, entre la longue de Korat et la courte de Chaiya. Le répertoire porte la trace de son maître fondateur, Kru Mek, dont le nom signifie nuage : deux de ses postures s'appellent « scruter le nuage » et « gravir le nuage ». Sa figure la plus citée est le coup de pied oblique dit le nāga fouette de la queue เตะเฉียงนาคาสะบัดหาง.
Le style s'attache à la mémoire de Phraya Phichai « au sabre brisé », officier de Taksin né dans la région, dont la statue structure encore l'identité d'Uttaradit — et dont le surnom vaut à Thasao sa réputation de boxe proche du maniement de la lame.
- Épithèteไว — la vitesse
- CordeÀ mi-bras
- DéplacementHuit directions aux pieds, quatre aux mains
- Corpsลักษณะตัวอ่อน — le buste souple, qui se dérobe
- FiguresKru Mek, puis Thong Di « aux dents blanches », devenu Phraya Phichai
Lopburi — l'intelligence
มวยลพบุรี · Lopburi, Centre
Lopburi mesure. Là où Korat lance, ce style vise : le coup droit précis, jailli de l'épaule, cherche la pointe du menton ou l'arête du nez plutôt que la masse.
L'assise est large et stable — le tang ma การตั้งม้า, « planter le cheval » — mais le corps se déplace vite. On joue des angles du buste, on feinte, on change de ligne, on entre brièvement et l'on ressort. Les Thaïs rangent cette manière parmi les muay kiao มวยเกี้ยว, les boxes d'enveloppement, où l'on gagne par la lecture de l'autre plutôt que par le poids du coup.
La corde monte à mi-avant-bras, doublée d'un bandage de cheville — l'avant-bras cordé sert alors à recevoir tibias et coudes autant qu'à frapper. Le style est rattaché au règne de Naraï, quand Lopburi était la seconde capitale du royaume et que la cour y entretenait ses maîtres d'armes. C'est le moins documenté des quatre, et celui dont le corpus enseigné aujourd'hui est le plus récent.
- Épithèteฉลาด — l'intelligence
- CordeÀ mi-avant-bras, avec bandage de cheville
- Assiseการตั้งม้า — large et stable, déplacement vif
- ArmeLe direct précis, หมัดตรง
- Genreมวยเกี้ยว — la boxe d'enveloppement
Ce que nous en enseignons
Le programme que nous suivons est celui de la Khru Muay Thai Association : une mise en ordre commune, et non l'un de ces quatre cursus. Les traits régionaux y entrent comme éclairages — pourquoi cette garde, pourquoi cette distance, pourquoi cette manière de border les poings. Comprendre que Chaiya lutte parce que sa corde libère les doigts vaut mieux que réciter des listes de figures.