Dans la tradition thaïe, le combat et le soin relèvent du même savoir. Le maître qui enseigne les coups est aussi celui qui sait remettre un corps en état et préserver le sien : le nuad appartient à la même maison que le muay.
Ce qu'est une séance
Le massage thaï se pratique au sol, sur un futon, habillé. Le praticien travaille avec les pouces, les paumes, les avant-bras, les coudes, les genoux et les pieds ; il alterne des pressions lentes le long de trajets définis et des étirements passifs qui ouvrent les articulations. Il n'appuie pas à la force des bras : il place son poids. Le rythme est lent, réglé sur la respiration, et c'est ce rythme, plus que l'intensité, qui fait le travail.
Une séance complète suit un ordre — pieds et jambes, bras et mains,ventre, dos, nuque et tête — qui conduit du plus périphérique au plus central. Elle s'adapte à ce que vous venez chercher : détente générale, zones tendues, relâchement après l'effort.
Les lignes sen
La théorie repose sur les sen เส้น, trajets par
lesquels circule le souffle, le lom. Les textes en retiennent dix principaux, les
sen prathan sip เส้นประธานสิบ, souvent abrégés en
sen sip, dont l'ensemble irrigue tout le corps. Le praticien ne masse pas un muscle :
il suit une ligne, y cherche les zones tendues, et rétablit un passage.
Ces lignes appartiennent à la médecine traditionnelle thaïe dans son ensemble,
et non au corpus propre du Wat Pho : on les retrouve dans toutes les écoles. Trois d'entre
elles portent d'ailleurs le même nom que des nāḍī du fonds indien, dont la médecine
thaïe a hérité.
C'est un modèle traditionnel ; il décrit
une pratique et guide la main, sans correspondre aux structures de l'anatomie moderne. Nous
l'enseignons pour ce qu'il est, et il n'empêche personne de nommer aussi les muscles et les
fascias que l'on touche.
Le Wat Pho
Le Wat Phra Chetuphon, plus connu sous le nom de Wat Pho,
est à Bangkok le lieu de référence de ce savoir. Sous le règne de Rama III, entre 1831 et
1841, le temple fit graver dans la pierre un vaste corpus de textes — médecine, massage,
littérature, histoire, astrologie — destiné à mettre le savoir à la portée de tous. Ces
1 431 inscriptions ont été portées en 2008 au registre régional Asie-Pacifique
du programme Mémoire du monde de l'UNESCO, puis en 2011 à son
registre international. Le temple abrite aujourd'hui encore l'école qui forme
praticiens thaïlandais et étrangers.
Un mot sur les écoles, parce qu'on lit beaucoup de choses fausses. La distinction que
reconnaissent les Thaïs n'est pas géographique mais sociale : le
นวดราชสำนัก — nuad ratchasamnak, le
massage de cour, codifié, économe de ses appuis, qui n'enjambe jamais le corps — et le
นวดเชลยศักดิ์ — nuad chaloeisak, le
massage populaire, plus ample, où le praticien engage les pieds et les genoux. Le partage
« Nord contre Sud », courant sur les sites d'écoles occidentales, ne correspond à aucune
typologie thaïe.
Ce qui existe bel et bien, ce sont deux lignées institutionnelles : celle du
Wat Pho à Bangkok, et celle de Chiang Mai formée autour de l'Old Medicine Hospital dans les
années 1960. C'est de la première que nous relevons.
Le nuad thai a par ailleurs été inscrit en 2019 sur la liste représentative du
patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO.
La séance s'ouvre par un salut au maître et à Jivaka Komarabhacca, que la tradition donne
pour patron de la médecine thaïe. Le geste rappelle au praticien qu'il applique un savoir
reçu, et qu'il le doit à quelqu'un.
Deux manières d'y venir
๑
La séance collective
Le massage se pratique en groupe, en binômes, sous la conduite du khru : chacun reçoit,
puis donne à son tour. Nous prenons quelques minutes avant de commencer pour parler de ce
que chacun préfère éviter, et la séance avance au rythme du groupe, avec un retour de
chacun à chaque étape inhabituelle. Il n'y a pas de séance individuelle.
Pour les pratiquants, la séance prolonge l'entraînement autrement : étirements longs,
relâchement, et le plaisir très concret de retrouver de l'amplitude là où la boxe en prend —
chaînes postérieures, hanches, épaules, pieds.
๒
Apprendre les gestes
En petit collectif, sur une séance d'initiation ou sur un cycle. On y
apprend l'essentiel du métier de la main : la posture du praticien et l'économie de son
effort, le placement du poids du corps, la progressivité de la pression, le rythme et la
respiration, le tracé des lignes principales, la lecture des tensions sous les doigts, les
étirements passifs sûrs, et les situations où l'on ne masse pas.
Le format convient aux couples, aux groupes d'amis, aux clubs sportifs et aux équipes.
Ces séances sont
un apprentissage et non une formation professionnelle : l'association ne délivre ni
certificat, ni certification, ni attestation de compétence.